Montréal face à la canicule : une solution verte et équitable

Rédigé par Kim Perrotta

Le Plan de lutte contre les changements climatiques de Montréal

Adopté en décembre 2020, le Plan climat 2020-2030 de Montréal a été élaboré dans le but de rendre la ville plus verte, plus équitable, plus résiliente et neutre en carbone. Ce plan a été conçu pour atteindre le nouvel objectif climatique de la ville, qui consiste à « réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 55 % d’ici 2030 », et pour permettre à la communauté montréalaise de renforcer la résilience climatique de la ville. Les 52 mesures du Plan de lutte contre les changements climatiques mettront Montréal sur la voie pour devenir une ville résiliente, inclusive et neutre en carbone.

Ce plan s’inscrit dans la continuité du Plan stratégique de Montréal « Montréal 2030 » qui s’articule autour de quatre objectifs clés :

  • accélérer la transition écologique;
  • renforcer la solidarité, l’équité et l’inclusion;
  • renforcer la démocratie et la participation;
  • stimuler l’innovation et la créativité.

Objectifs et indicateurs fondés sur la nature pour la résilience climatique

Afin de renforcer la résilience face aux aléas climatiques tels que les vagues de chaleur, les fortes pluies et les tempêtes destructrices, le plan climatique engage la ville à « accroître les surfaces naturelles protégées et la résilience des forêts urbaines, réduire les îlots de chaleur, restaurer les berges et favoriser le développement d’une agriculture urbaine saine et dynamique ».

Le plan comprend huit indicateurs qui feront l’objet d’un suivi et d’un rapport annuel. Quatre d’entre eux sont consacrés à l’adaptation climatique de la ville :

  • « Le nombre d’arbres plantés par la ville et ses partenaires, en accordant la priorité aux zones vulnérables aux vagues de chaleur, avec pour objectif de planter 500 000 arbres d’ici 2030;
  • La superficie des terres à protéger en tant qu’espaces naturels ou environnements naturels contribuant à la biodiversité, avec pour objectif de porter cette superficie à 10 %;
  • L’état des risques climatiques, avec pour objectif de réduire la vulnérabilité globale;
  • La superficie des îlots de chaleur, avec pour objectif de réduire cette superficie. »

Tous ces indicateurs concernent les vagues de chaleur extrême et la résilience à la chaleur de la Ville de Montréal, même si certains comportent des objectifs liés à la biodiversité, aux inondations et à d’autres phénomènes climatiques

Interventions fondées sur la nature : augmenter la proportion d’espaces verts

« Le plan climatique identifie plusieurs solutions fondées sur la nature qui peuvent accroître la résilience de la ville face à la chaleur », a déclaré Claudia Atomei, conseillère en planification à la Division de l’adaptation, de la résilience et de la biodiversité au sein du Bureau de la transition écologique et de la résilience de la Ville de Montréal. «

Tout d’abord, la mesure 17.1 vise à mettre en place les moyens nécessaires pour limiter l’utilisation de surfaces artificielles imperméables telles que le pavé et le béton, notamment par le biais de l’urbanisme et de la réglementation. Le Plan d’urbanisme et de mobilité de Montréal vise à augmenter la proportion d’espaces verts de 38 %, actuellement à 40 %, d’ici 2050. Cela contribuera à réduire les températures tout en augmentant l’absorption de l’eau de pluie et de la neige. »

« Cela peut ne pas sembler être un objectif ambitieux, mais ça l’est quand on considère l’ampleur du développement qui aura lieu dans toute la ville au cours des 25 prochaines années et le fait que Montréal est située sur une île dont les limites de croissance sont bien définies », a fait remarquer Rachel Mallet, analyste en géomatique chargée de la recherche sur l’adaptation aux changements climatiques, au sein de la Division de l’adaptation, de la résilience et de la biodiversité de la Ville de Montréal.

« Cette action nécessitera de cartographier les propriétés physiques des matériaux de surface dans toute l’agglomération de Montréal afin d’évaluer leur réflectivité et leur capacité de stockage de chaleur », a précisé madame Mallet. « Nous voulons cartographier ces surfaces afin de pouvoir évaluer la vulnérabilité des différents quartiers aux vagues de chaleur et suivre nos progrès au fil du temps. »

« Deuxièmement, la mesure 17.2 du plan climat vise à accroître les espaces verts dans les zones vulnérables et prioritaires de la ville en encourageant le retrait du revêtement et du béton dans les rues et sur les terrains entourant les écoles, les logements à loyer modéré et les résidences pour personnes âgées », a déclaré madame Mallet.

Interventions fondées sur la nature : accroître la couverture arborée dans les zones vulnérables

Une troisième mesure du plan climat, la mesure 20, impose à la ville et à ses partenaires de planter, d’entretenir et de protéger 500 000 arbres dans les quartiers vulnérables aux vagues de chaleur entre 2020 et 2030. Elle vise à réduire les températures de l’air à l’intérieur et à l’extérieur afin de protéger la population, tout en diminuant les coûts énergétiques, la pollution atmosphérique, les niveaux de bruit et le risque d’inondation.

Les arbres doivent être plantés sur des terrains publics et privés. La ville a réservé des fonds dans son programme décennal de dépenses en immobilisations pour atteindre 50 % de cet objectif et compte sur le secteur privé et les instances gouvernementales supérieures pour financer le reste.

Les arbres seront sélectionnés pour leur résilience climatique et dans le but de favoriser la biodiversité. Des politiques seront élaborées pour donner la priorité à la plantation d’arbres dans les quartiers les plus vulnérables aux vagues de chaleur. La ville soutient les arrondissements en identifiant des sites de plantation potentiels, y compris des sites nécessitant le retrait du revêtement, qui sont très souvent situés dans des îlots de chaleur urbains.

Interventions fondées sur la nature : autres mesures visant à renforcer la résilience face à la chaleur

Le plan climatique comprend plusieurs autres mesures visant à accroître la biodiversité ou la résilience face aux inondations, qui amélioreront également la résilience de la ville face à la chaleur :

  • La mesure 19 engage la ville à faire passer de 6,1 % à 10 % la proportion d’espaces naturels protégés et de zones contribuant à la biodiversité. Pour atteindre cet objectif, la ville crée de nouveaux parcs et des corridors verts reliant les espaces naturels. L’objectif principal de cette action est de favoriser les déplacements de la faune et la dispersion des plantes, mais elle permettra également de rafraîchir les quartiers.
  • L’action 19.2 vise à optimiser la contribution écologique des espaces verts municipaux de manière à favoriser la biodiversité, par exemple en réduisant la fréquence de tonte.
  • L’action 21 engage la ville à restaurer les berges publiques au sein du vaste réseau de parcs et à ajouter des espaces verts et bleus dans la ville qui contribueront à réduire la température de l’air.

« Nous nous efforçons de renaturer les espaces verts de la ville », a déclaré M. Atomei. « Nous encourageons le remplacement du gazon vert tondu de près par des plantes indigènes matures qui ont des racines plus profondes, absorbent davantage d’eau et favorisent une plus grande diversité d’insectes, d’oiseaux et de mammifères. Ce type de végétation a également un effet rafraîchissant plus important sur la température de l’air, en particulier la nuit. »

« Montréal s’est également engagée à devenir une « ville-éponge », dotée de parcs, de rues et de boulevards qui utilisent la végétation et des systèmes de rétention pour absorber et capter les eaux de pluie et la fonte des neiges », a ajouté M. Atomei. « Si ces surfaces et ces structures sont conçues pour gérer les eaux pluviales, réduire les inondations et améliorer la qualité de l’eau, elles contribueront également à rafraîchir la température de l’air. »

Évaluation des risques liés au climat et suivi des progrès

Le plan climatique engage la ville à mettre au point un outil d’aide à la décision permettant d’analyser la vulnérabilité du territoire de l’agglomération de Montréal face aux impacts liés au climat. Cette analyse, qui a été intégrée au Plan d’urbanisme et de mobilité 2050, permet d’identifier les zones les plus vulnérables aux événements extrêmes. Elle sert également à suivre les progrès réalisés à l’aide des indicateurs mentionnés ci-dessus.

« On m’a confié la tâche de développer des outils permettant d’identifier les quartiers vulnérables qui devraient faire l’objet d’une action prioritaire afin de protéger les personnes les plus exposées aux risques liés aux événements climatiques », a expliqué madame Mallet. « L’indice de verdissement, par exemple, s’appuie sur des données relatives aux îlots de chaleur urbains, à l’indice de canopées, aux zones vulnérables à la chaleur pour des raisons de santé telles que l’âge, aux quartiers vulnérables pour des raisons socio-économiques, ainsi qu’aux milieux de vie où les gens habitent ou se rassemblent. Le Service des grands parcs, du Mont-Royal et des sports s’en servent, entre autres, pour ajuster son programme de création et d’agrandissement des zones désignées pour la plantation d’arbres. »

Évaluation de l’efficacité des mesures de résilience climatique

L’indice de vulnérabilité sert également à évaluer les politiques d’urbanisme et les interventions susceptibles de protéger la population contre les phénomènes extrêmes tels que la canicule.

« Notre division évalue l’efficacité de diverses interventions de résilience climatique dans différentes circonstances », a déclaré madame Mallet. « En ce qui concerne la chaleur extrême, cela comprend la collecte des données existantes et des données manquantes, telles que les températures de surface et de l’air dans les zones locales, afin d’analyser dans quelle mesure les différentes mesures de résilience réduisent les températures de surface et de l’air, diminuent la superficie des îlots de chaleur urbains ou réduisent l’exposition des habitants. »

« En ce qui concerne la chaleur, ces évaluations porteront probablement sur les interventions mises en œuvre dans les arrondissements, telles que les règlements sur les toits blancs et les ruelles vertes, ainsi que sur celles mises en œuvre par d’autres juridictions », a ajouté madame Mallet. « Cela sera particulièrement important pour les quartiers prioritaires où la plantation d’arbres n’est pas envisageable en raison de contraintes d’espace. »

Structure de gouvernance de Montréal: La Ville de Montréal et 15 villes reconstituées font partie de l’Agglomération de Montréal, qui assure des services communs tels que le traitement de l’eau, la gestion des déchets et les services de police pour l’ensemble de la région. La Ville de Montréal, qui compte 19 arrondissements, compte environ 1,7 million d’habitants. L’administration centrale à Montréal fournit des données, un soutien en matière de politiques et des financements aux arrondissements, mais ceux-ci peuvent élaborer et mettre en œuvre des programmes et des politiques indépendamment de l’administration centrale, ce qu’ils font effectivement.


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