Rédigé par Kim Perrotta
Contexte
En juillet 2004, la ville de Peterborough a été inondée après que 24 centimètres de pluie se sont abattus en une seule journée, ce qui a dépassé la capacité des réseaux d’assainissement et d’évacuation des eaux pluviales de la ville. Les pompiers, les services publics et les services sociaux ont été submergés d’appels. Cent soixante et onze personnes ont dû être évacuées d’un établissement de soins de longue durée. Les inondations ont provoqué 28 collisions de véhicules et piégé 25 personnes dans ou sur leur voiture. Les sous-sols ont également été inondés. Les compteurs électriques et les conduites de gaz ont dû être déconnectés. Et les chauffe-eau ont été endommagés. Plus d’un millier d’habitants ont eu besoin d’aide alimentaire et de vêtements d’urgence.
« Les inondations de 2004 ont clairement montré que nous avions besoin d’un système de gestion des eaux pluviales plus robuste dans la ville », a expliqué Curtis Mei, directeur par intérim des ressources en eau, de la gestion des actifs et de la planification des investissements à la ville de Peterborough. « Cet événement a motivé l’élaboration du Plan directeur de réduction des inondations de la ville de Peterborough de 2005, qui a jeté les bases du travail de la Ville dans ce domaine. »
Évolution de la gestion des eaux pluviales
« Il y a eu un processus d’apprentissage dans le domaine de la gestion des eaux pluviales », a expliqué monsieur Mei. « Au départ, les villes s’efforçaient de capter les eaux pluviales dans des infrastructures grises qui acheminaient l’eau vers un plan d’eau voisin. Mais ce système déversait directement dans nos cours d’eau une grande quantité de polluants provenant des routes et des chaussées, tels que les déchets canins, les engrais, ainsi que les fuites et les émissions de véhicules. »
« On a ensuite pensé qu’il fallait diriger les eaux pluviales vers des bassins de décantation artificiels où les polluants étaient capturés, mais ces bassins doivent être dragués, ce qui représente une opération coûteuse », a poursuivi monsieur Mei. « Aujourd’hui, les villes s’efforcent donc de contrôler le ruissellement à la source afin que l’eau puisse être filtrée par le sol à l’endroit même où elle tombe. »
« Consciente de la nécessité de gérer l’eau qui tombe aussi bien sur les propriétés privées que sur les espaces publics, la Ville a recommandé, dans son Plan directeur sur la qualité des eaux pluviales achevé en 2011, la mise en place d’un programme de jardins pluviaux sur les propriétés privées », a déclaré monsieur Mei.
Qu’est-ce qu’un jardin pluvial ?
« Un jardin pluvial est un jardin en forme de cuvette qui recueille et absorbe l’eau de pluie et la neige fondue s’écoulant des surfaces imperméables, telles que les toits d’une propriété », explique Laura Keresztesi, coordinatrice des programmes de quartier et résidentiels chez GreenUP, un organisme environnemental non gouvernemental local. « Il est conçu pour présenter une dépression peu profonde, de 20 à 30 centimètres. Le jardin est planté d’espèces indigènes dotées d’un système racinaire profond qui aide à absorber et à filtrer naturellement les eaux pluviales sur place. La cuvette doit retenir l’eau pendant 20 à 30 heures; ce n’est pas un jardin aquatique. La cuvette du jardin doit être plantée d’espèces qui supportent bien l’humidité. Le sommet des bermes peut être planté d’espèces résistantes à la sécheresse. Choisir les bonnes plantes pour chaque zone du jardin pluvial peut contribuer à réduire l’entretien à mesure que le jardin mûrit. »
Les jardins pluviaux peuvent éliminer 90% des polluants chimiques et 80 % des sédiments présents dans les eaux de ruissellement. Ils permettent également à 30 % d’eau de plus de s’infiltrer dans le sol par rapport à une pelouse classique.
Comment fonctionne le programme de jardins pluviaux ?
Le programme de jardins pluviaux a vu le jour en 2020 grâce à une collaboration entre l’équipe chargée des ressources en eau de la ville de Peterborough et GreenUP.
« Notre objectif est d’encourager les habitants à intégrer des jardins pluviaux sur leurs propriétés tout en sensibilisant davantage à la gestion des eaux pluviales et à l’engagement communautaire », a déclaré monsieur Mei. « Les jardins pluviaux jouent un rôle important dans la réduction du ruissellement urbain provenant des terrains privés, la filtration des polluants présents dans les eaux de surface et la reconstitution des nappes phréatiques. Ils favorisent également la biodiversité locale en attirant des papillons, des libellules et d’autres insectes bénéfiques, ainsi que des espèces d’oiseaux indigènes. »
« Au cours des premières années du programme, nous avons organisé plusieurs ateliers pour former les gens à la conception, à l’installation et à l’entretien d’un jardin pluvial », a déclaré madame Keresztesi. « Nous avons constaté qu’il était difficile pour les gens d’organiser leur emploi du temps en fonction des ateliers; nous avons donc développé des vidéos pédagogiques qui sont désormais disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur notre site web, afin que les gens puissent y accéder à leur convenance. Grâce à notre partenariat avec la ville, nous proposons également des consultations sur place et aidons les gens dans leurs demandes et leurs installations ».
Chaque année, les deux organisations font la promotion du programme par le biais d’annonces publicitaires et des réseaux sociaux. GreenUP fera aussi du porte-à-porte dans les quartiers. Les résidents peuvent bénéficier d’une aide financière unique pouvant aller jusqu’à 1 000 $ pour les aider à aménager leur jardin pluvial. Ces fonds, qui peuvent servir à couvrir le coût des plantes ou à financer la préparation du jardin, peuvent être réclamés sur présentation des reçus une fois le projet terminé.
La Ville a fait appel à GreenUP pour rendre le programme aussi fluide et accessible que possible. GreenUP répond aux appels des résidents, distribue les formulaires d’inscription, effectue des consultations sur place et fournit des conseils techniques sur la conception du jardin et les plantes pouvant être utilisées.
Au cours des cinq années d’existence du programme, GreenUP a été en contact direct avec plus de 1 500 personnes et a contribué à la création d’environ 24 jardins pluviaux sur des propriétés privées.

Défis et enseignements tirés
« Le programme de jardins pluviaux a suscité beaucoup d’intérêt chez les habitants, mais seuls quelques-uns se lancent chaque année », a fait remarquer madame Keresztesi. « Ceux qui se lancent sont très attachés à l’idée d’avoir un jardin naturalisé qui favorise la biodiversité. »
« Le financement ne semble pas être un obstacle pour les habitants », a ajouté madame Keresztesi. « Certains résidents ne peuvent pas installer de jardin pluvial sur leur propriété car ils ne disposent pas de suffisamment d’espace. Pour d’autres, le jardin pluvial s’inscrit dans un projet d’aménagement paysager plus vaste et d’autres travaux doivent être réalisés avant que le jardin pluvial puisse être installé. Pour beaucoup, l’obstacle réside simplement dans le fait de trouver le temps et l’énergie nécessaires pour creuser, façonner et planter. »
« Nous autorisons les résidents à utiliser les fonds du programme pour couvrir les frais liés à l’aménagement paysager afin de réaliser les travaux », a précisé monsieur Mei. « Nous essayons de faciliter l’accès aux fonds du programme pour les participants.»
« Nous avons ouvert ce programme de subventions aux centres communautaires et aux écoles. Bien que nous ayons reçu des demandes de la part de ces organismes, aucun jardin pluvial n’a encore été aménagé sur ces sites », a déclaré madame Keresztesi. « Dans certains cas, les sites n’étaient pas éligibles au programme, et dans d’autres, je pense que les enseignants n’avaient tout simplement pas la capacité de mener ce projet en plus de toutes leurs autres responsabilités. »
« À l’heure actuelle, la réduction du volume d’eau acheminé vers le réseau d’eaux pluviales n’a pas été significative; cela nécessiterait une mise en œuvre à grande échelle », a noté monsieur Mei. « Mais le programme s’est révélé très efficace pour sensibiliser le public à la gestion des eaux pluviales et aux avantages de la rétention de l’eau sur place. Il aide les gens à comprendre le travail que la Ville accomplit pour prévenir de futures inondations, améliorer la qualité de l’eau dans les cours d’eau locaux et reconstituer les nappes phréatiques. »


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