La stratégie forestière urbaine équitable de Winnipeg

Préparé par Kim Perrotta et Gurleen Arora

Contexte

La ville de Winnipeg a élaboré sa première stratégie forestière urbaine. Il s’agit d’une stratégie sur 20 ans qui vise à augmenter la couverture forestière, la diversité de la canopée et la répartition équitable de celle-ci à travers Winnipeg.

Située au centre du Canada, Winnipeg devrait voir le nombre moyen de jours où la température dépasse 30 °C passer de 14,3 entre 1976 et 2005 à 30,5 entre 2021 et 2050, ce qui rend les mesures d’adaptation à la chaleur cruciales pour l’avenir de la ville.

L’augmentation de la couverture arborée est reconnue comme une stratégie efficace d’adaptation à la chaleur dans les environnements urbains. Les arbres peuvent réduire la température de l’air et des surfaces, diminuer le risque de morbidité et de mortalité liés à la chaleur extrême et réduire l’exposition aux rayons ultraviolets.

Stratégie forestière urbaine

La stratégie forestière urbaine de Winnipeg vise à répondre à plusieurs besoins : étendre la canopée forestière afin d’accroître la résilience de la ville face aux changements climatiques; remplacer les ormes et les frênes qui disparaissent à cause de la maladie hollandaise de l’orme et d’un ravageur envahissant appelé l’agrile du frêne; et veiller à ce que la canopée forestière soit répartie de manière plus équitable, en particulier dans les quartiers défavorisés caractérisés par des taux de pauvreté élevés et des revenus faibles.

« La canopée que nous voyons aujourd’hui à Winnipeg ne sera pas la même dans les décennies à venir », explique Martha Barwinsky, forestière municipale à la ville de Winnipeg. « Nos arbres sont vulnérables aux ravageurs, aux maladies, à la construction immobilière et à la mortalité naturelle. C’est pourquoi notre stratégie ne consiste pas seulement à planter plus d’arbres. Il s’agit de diversifier les arbres dans notre communauté et de construire une forêt urbaine résiliente qui pourra prospérer dans  l’avenir.»

La stratégie forestière urbaine a été finalisée et approuvée par le conseil municipal de Winnipeg en 2023, ainsi que le budget nécessaire à sa mise en œuvre. Cette stratégie engage la ville à faire passer la couverture forestière de 17% en 2018 à 24% d’ici 2065. La ville a déjà augmenté le nombre d’arbres plantés, passant d’un niveau historique de 300 arbres par an à 6 500 arbres par an.

Évaluation de la forêt urbaine

« L’élaboration de la stratégie a pris environ quatre ans, mais elle est en réalité le fruit de 20 années de travail. La première étape du processus consistait à évaluer l’état actuel de la forêt », explique madame Barwinsky.

Au cours de cette période de 20 ans, la ville de Winnipeg a recueilli des données sur le terrain concernant les arbres des parcs et des boulevards, ainsi que les sites de plantation potentiels dans toute la ville. La base de données de l’inventaire des arbres publics de la ville a été développée et comprend désormais plus de 300 000 arbres gérés par la division Foresterie urbaine du service Parcs et espaces verts du département des Travaux publics. Cet inventaire ne comprend pas les arbres situés dans des zones naturelles ou sur des propriétés privées.

« Grâce à cet aperçu, nous avons pu nous faire une idée des arbres dont nous disposions, de ceux que nous perdions, des zones dépourvues d’arbres et de ce que nous devions gérer », a fait remarquer madame Barwinsky. « L’un de nos objectifs était de déterminer où la canopée pouvait s’étendre, en tenant compte de tous les aspects de faisabilité, notamment les infrastructures, les conditions du sol et les besoins de la communauté en matière d’arbres. »

Identification des quartiers hautement prioritaires

La stratégie forestière urbaine de Winnipeg souligne la nécessité de maximiser la canopée arborée afin de protéger les populations, en particulier celles à faibles revenus, contre les chaleurs extrêmes:

«Il est essentiel de maximiser la canopée arborée, en particulier dans les zones où vivent des populations vulnérables, plus sensibles aux maladies liées à la chaleur. Les arbres en milieu urbain réduisent le risque de coup de chaleur et sont associés à une diminution de la morbidité et de la mortalité liées aux effets de la chaleur, grâce à leur rôle dans la réduction de la température de l’air et de la surface, ainsi que dans la réduction de l’exposition aux rayons ultraviolets. »

« La pauvreté peut constituer un obstacle important à la santé, au bien-être et à l’équité sociale. Les personnes vivant en situation de pauvreté disposent parfois de peu de moyens  pour accéder à des aménagements privés pouvant réduire leur vulnérabilité à la chaleur, tels qu’ une cour arrière ombragée et la climatisation à domicile (ou en établissement de soins). Pour certaines personnes, les arbres et les forêts publics constituent le principal moyen de garder leur maison plus fraîche, de fournir de l’ombre lorsqu’elles se rendent à l’école ou au travail, ou de profiter de la nature. »

Les zones les plus touchées par la pauvreté à Winnipeg ont été identifiées dans un rapport préparé en 2020 pour la ville, intitulé Defining Higher Needs Neighbourhoods (Définir les quartiers les plus défavorisés). Ce rapport s’appuyait sur les données du recensement de 2016. Les zones les plus touchées par la pauvreté ont été comparées à l’inventaire public des arbres de la ville, aux données de température enregistrées lors d’une journée chaude du mois de juillet et aux données sur la canopée issues d’images satellites de la ville. Les résultats ont révélé que les quartiers à forte pauvreté comptaient nettement moins d’arbres par hectare et par personne, une couverture forestière plus faible, une diversité d’arbres moindre et des températures moyennes plus élevées que les quartiers à faible niveau de pauvreté.

Ces iniquités seront atténuées grâce à une série de  politiques publiques. Par exemple, les lignes directrices relatives aux petits projets immobiliers résidentiels de faible hauteur dans les communautés matures encouragent la préservation des arbres matures, en particulier dans les cours de devant et les boulevards, en exigeant un rapport d’arboriculteur pour guider la préservation et la protection des arbres pendant le processus de développement. Elles dictent la quantité et la taille (à maturité) des nouveaux arbres requis pour chaque projet immobilier, ainsi que le pourcentage minimum de la superficie des terrains et des marges de recul qui doit être réservé à l’aménagement paysager.

Engagement communautaire

« Nous avons commencé à élaborer la stratégie en 2019 et avons organisé deux cycles de consultation communautaire. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec des groupes de défense de la foresterie urbaine et avons organisé des ateliers en ligne avec les parties prenantes et les organisations communautaires », a déclaré madame Barwinsky. « Notre première consultation était axée sur la question suivante : À quoi devrait ressembler la forêt urbaine de Winnipeg ? »

« L’un des messages les plus forts que nous avons entendus concernait le besoin urgent de planter davantage d’arbres et d’augmenter la couverture forestière », a ajouté madame Barwinsky. « De nombreux résidents ont également souligné l’importance de protéger les arbres grâce à des règlements plus stricts, d’autant plus qu’ils ont constaté une perte de couverture forestière due au développement immobilier et à la densification. »

« À l’avenir, lorsque nous ne serons plus limités par les conditions imposées par une pandémie, nous souhaitons en faire davantage pour établir des relations avec des populations diverses et à faible revenu qui étaient sous-représentées dans notre processus d’engagement communautaire », a déclaré madame Barwinsky. « Nous voulons également travailler avec les communautés autochtones afin d’intégrer leurs connaissances et leurs points de vue dans le choix des espèces d’arbres. »

Collaboration multisectorielle

La Direction de la foresterie urbaine, qui a dirigé l’élaboration de la stratégie forestière urbaine, collabore avec divers services municipaux, notamment les services des eaux, des eaux usées, des déchets solides, de l’ingénierie, des transports, de l’entretien des rues, de l’urbanisme, du zonage et du développement, de l’aménagement urbain, des transports en commun et des services communautaires, pour la plantation et l’entretien des arbres dans les parcs et sur les boulevards.

« La stratégie touche pratiquement tous les services de la ville de Winnipeg », explique madame Barwinsky. « Nous nous sommes intégrés au travail de chaque service, ce qui a permis de mieux comprendre les besoins des arbres, les exigences en matière de volume de sol et les mesures de protection des arbres. »

La division de la foresterie urbaine fournit également des conseils d’experts pour l’entretien des arbres qui ne relèvent pas directement de sa responsabilité.

« On nous demande souvent des conseils sur la plantation et l’entretien des arbres autour des propriétés de transport en commun et des usines de traitement des eaux, par exemple », explique madame Barwinsky. « L’intégration de l’expertise forestière dans tous les aspects des activités de la ville permet de garantir que les arbres sont correctement protégés et, si cela n’est pas possible, qu’ils sont remplacés et que de nouveaux arbres sont plantés. »

Défis et leçons apprises

La ville doit relever plusieurs défis dans sa quête pour étendre la canopée forestière.

« Winnipeg se trouve dans une région écologique de prairie », note madame Barwinsky. « Il s’agit d’une écorégion qui favorise les prairies. Il peut donc sembler que nous disposons d’un espace abondant pour planter davantage d’arbres, mais il est également important de protéger et de préserver les prairies et leur écologie.»

« Les quartiers plus anciens situés dans des secteurs où la pauvreté est élevée et où la diversité des essences d’arbres est faible courent un risque élevé de perdre leur couvert forestier à cause de ravageurs envahissants spécifiques à certaines espèces, comme la maladie hollandaise de l’orme. De plus, la plupart de ces quartiers présentent de nombreux obstacles, tels que des lignes électriques aériennes et des boulevards étroits, qui limitent les endroits où nous pouvons planter des arbres », explique madame Barwinsky. « C’est pourquoi la collaboration entre les différents services est essentielle à la réussite d’une forêt urbaine. En coordonnant les efforts entre les services, nous pouvons essayer de trouver des solutions qui permettent de faire de la place pour les arbres tout en répondant à d’autres besoins en matière d’infrastructures. »

Mais madame Barwinsky identifie le plus grand défi, commun à toutes les villes du pays, comme étant l’augmentation de la couverture forestière dans la ville alors que celle-ci doit également construire de nombreux nouveaux logements, y compris des logements abordables.

« Il est difficile de développer la canopée urbaine dans une ville où l’on cherche à densifier les quartiers, à créer des quartiers plus propices à la marche avec des trottoirs plus larges ou plus nombreux, et à construire davantage d’infrastructures cyclables », explique madame Barwinsky. « Les aménagements intercalaires et les arbres se disputent le même espace dans une ville. Il y a beaucoup d’infrastructures souterraines et aériennes à prendre en compte lorsqu’on cherche des espaces pour planter des arbres et assurer leur entretien à long terme. »

Madame Barwinsky précise qu’ils  mènent des recherches sur la meilleure façon d’atteindre leurs objectifs en matière de couvert forestier, tout en reconnaissant qu’il peut être nécessaire de fixer des objectifs différents selon les quartiers et les types d’utilisation des sols.

Bien que les arbres offrent de nombreux avantages, madame Barwinsky note que tous les résidents ne souhaitent pas nécessairement qu’un arbre soit planté sur leur propriété.

« Les arbres peuvent représenter une lourde responsabilité, en particulier lorsque les feuilles tombent et que les résidents doivent les ramasser, ou lorsque les arbres doivent être élagués », explique madame Barwinsky. « Notre rôle est d’aider les résidents à voir les choses dans leur ensemble, à reconnaître que les arbres fournissent de l’ombre, rafraîchissent l’air et réduisent les risques liés à la chaleur extrême pour l’ensemble du quartier. Une fois que les gens auront compris le lien entre les arbres et l’adaptation à la chaleur, ils commenceront, espérons-le, à les considérer comme une infrastructure essentielle. »

« Nous informons les résidents qui vont recevoir un arbre dans leur boulevard en leur remettant des accroche-portes contenant des détails sur le processus de plantation », explique madame Barwinsky. « Nous expliquons comment la ville entretient et arrose les arbres pour les aider à s’établir, et nous fournissons également des coordonnées pour ceux qui souhaitent en savoir plus. Ce type de transparence et de sensibilisation contribue à mettre toutes les chances de succès du côté de chaque arbre. »

« Certains quartiers sont en contact direct et fréquent avec la ville, tandis que d’autres communiquent par l’intermédiaire de leur conseiller municipal », note madame Barwinsky. « Le fait d’être en contact avec la communauté nous aide à comprendre ce qui fonctionne pour elle et où des efforts supplémentaires pourraient être nécessaires à l’avenir. »

Winnipeg: Wolesley Neighbourhood

Financement

La majeure partie du financement destiné à la plantation d’arbres proviendra du budget que la ville de Winnipeg a alloué à la mise en œuvre de la stratégie forestière urbaine. L’initiative « 2 milliards d’arbres » du gouvernement fédéral finance actuellement un programme quinquennal intitulé Home Grown visant à augmenter le nombre d’arbres plantés par la ville. Dans le cadre de ce programme, les groupes communautaires peuvent demander une subvention pour planter des arbres sur les terrains publics de leur quartier. D’autres subventions et initiatives de plantation d’arbres contribuent à soutenir la plantation d’arbres dans la ville, par exemple sur les terrains appartenant à des écoles et à des institutions, grâce aux multiples programmes de l’organisme Arbres Canada et au programme d’amélioration des forêts de Manitoba Hydro. Trees Winnipeg, une organisation locale à but non lucratif, soutient des projets de plantation d’arbres sur les terrains scolaires et organise son programme ReLeaf, qui permet aux propriétaires privés d’acheter des arbres à un prix subventionné pour les planter sur leurs terrains.



Discover more from Canadian Health Association for Sustainability & Equity (CHASE)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.