Par Marie-Claude Allard
Vue d’ensemble
La Ville de Montréal a lancé un programme en 2021 afin de promouvoir deux volets complémentaires : les infrastructures vertes drainantes sur rue ainsi que les parcs éponges. L’équipe responsable pour ces initiatives, dirigée par Marie Dugué, Cheffe de section planification et grands projets, Service de l’eau, avait comme mandat d’outiller, de conseiller, et d’aider au financement aux arrondissements et aux services centraux concernant les infrastructures vertes drainantes sur rue ainsi que les parcs éponges.
Bien que ces deux volets aient été développés simultanément, ils possèdent des caractéristiques distinctes quant à leur échelle et leurs fonctions. Des infrastructures vertes sur rue sont, entre autres, des saillies de trottoir drainantes et végétalisées, situées à un niveau inférieur de la chaussée qui captent et infiltrent les eaux de ruissellement à chaque petite pluie. Leur objectif principal est de réduire les surverses d’égout au fleuve en gérant de petites précipitations. Cela permet aussi le verdissement et la réduction des îlots de chaleur, ainsi que la sécurisation des piétons.
De leur côté, les parcs éponges captent temporairement d’importants volumes lors d’orages violents. L’eau des rues environnantes est dirigée en surface vers une zone à moindre impact (le parc), retenue puis renvoyée à l’égout lorsque la capacité redevient disponible. L’objectif des parcs éponges est de réduire la fréquence d’inondation pour la population avoisinante.
Évoquant l’épisode d’orages violents vécus à Montréal cet été, madame Marie Dugué explique « À chaque fois qu’il pleut, l’eau rentre dans les puisards de rue. Récemment, on a eu des orages très violents. On en a eu deux en 2024, on en a eu d’autres en 2023, ça fait plusieurs années qu’on vit des événements qui dépassent toutes les statistiques qu’on a habituellement. Et là, dans le réseau d’égouts, l’eau n’arrive plus à rentrer à l’intérieur parce qu’il y a vraiment trop d’eau qui tombe sur la rue. C’est à ce moment-là qu’on vient essayer de diriger ces rivières d’eau qui sont sur les rues vers ces parcs. On veut inonder une zone de moindre impact pour être capable de protéger ou de réduire la fréquence d’inondation des zones résidentielles et commerciales. Donc, on retient l’eau souvent de façon temporaire jusqu’à ce que l’égout ait la place. Ensuite, on retourne l’eau à l’égout. »
Depuis 2022, la Ville de Montréal a mis en œuvre 23 parcs éponges. Voici une liste des cinq plus importants parcs éponges en 2025, ainsi que leur capacité de rétention:
- Parc Pierre-Bédard / 5 735 000 litres
- Parc Pilon / 1 373 000 litres
- Parc à l’intersection des rues Joseph et Dupuis (nom à déterminer) / 1 067 000 litres
- Parc Howard / 750 000 litres
- Parc Pierre-Dansereau / 627 000 litres
Pour ce qui est des infrastructures vertes sur rue, depuis 2022 la Ville de Montréal est rendue à 2500 cellules (désignant des unités individuelles ou des modules fonctionnels qui composent un système de gestion des eaux pluviales), construites ou en cours de construction pour un total d’environ 6 terrains de soccer, soit environ 45 000 m².
Des avantages connexes
Bien que ces deux volets apportent du verdissement à la ville et réduisent les îlots de chaleur, un aspect à ne pas négliger dans ce projet a été l’effort et la motivation des équipes. Faisant partie d’un projet qui fait maintenant ses preuves, chaque équipe qui y participe est fière de réaliser une telle initiative.
Comme l’explique madame Dugué « Ce qui aide beaucoup aussi, c’est quand on a de beaux exemples. Par la suite, les choses arrivent à se mettre en place ».
Durant cette période, l’équipe de madame Dugué non seulement menait des projets pilotes en milieu urbain, mais réfléchissait aussi de manière stratégique à la façon de poursuivre les actions par la suite.
Hugo Bourgoin, relationniste médias à la Direction des affaires publiques et du protocole à la Ville de Montréal rajouta « Ce qui est merveilleux avec les parcs éponges ce sont les co-bénéfices 99% du temps, ces espaces servent pour les citoyennes et citoyens. Les enfants peuvent aller jouer, les familles peuvent pique-niquer dans ces parcs, ils s’en servent. Et le 1% du temps où il y a des pluies qui sont trop fortes, où le réseau d’égout ne peut pas fournir, alors le parc est en partie inondé pour accueillir cette quantité d’eau et libérer une partie du réseau d’égout ».
Un objectif maintenant quantifiable
En 2022, la ville s’est donné un objectif quantitatif : construire 8500 m² d’infrastructures vertes sur rue sur la période 2022-2025 et 9000 m3 de rétention dans les parcs pour la même période.
Ces projets n’auraient pas pu voir le jour sans le financement du Ministère de l’Environnement. En effet, à travers le programme d’économie verte, la ville a obtenu 117M$ pour différents éléments dont 15.5M$ dédiés aux services de l’eau. Cela a permis de monter une équipe d’experts afin d’accompagner les arrondissements et les services centraux réalisant les projets, de produire des outils ainsi que de faire de la recherche.
Effectivement, comme l’explique madame Dugué, ces projets sont intersectoriels : « C’est sûr que les porteurs de projets sont les arrondissements, la plupart du temps. Soit les arrondissements, soit le service central qui est en fait le Service de l’urbanisme et de la mobilité. Le Service des grands parcs et des sports aussi est propriétaire de ces espaces-là et initie aussi le projet, mandate les consultants ou fait la conception à l’interne et supervise les travaux par la suite. Mon équipe est là vraiment en soutien pour accompagner ces équipes dans l’intégration de la gestion de l’eau. Un des acteurs intéressant est le Bureau de la transition écologique et de la résilience qui nous aide justement dans la recherche de financement ou pour accroître différents bénéfices ».
Finalement, les autres sources de financement sont venues des Fonds municipal vert, du PRAFI (Programme de résilience et d’adaptation face aux inondations) et du PGDEP (Programme pour la gestion durable des eaux de pluie) qui sont des programmes du Ministère des affaires municipales ainsi que le FAC (Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes) qui est un programme fédéral.

Approche de mise en œuvre
Pour permettre de bien analyser l’environnement à traiter dans le projet, l’équipe a utilisé des données topographiques. Cela a permis d’évaluer les pentes de rues, les bassins drainés vers un parc ainsi que les zones de cuvette vulnérables.
Comme l’explique madame Dugué « C’est sûr qu’il faut comprendre qu’on a pris une approche très opportuniste, qui est peut-être un peu différente des autres municipalités. C’est-à-dire que la ville fait énormément de travaux de réfection pour entretenir ses actifs, entre autres ses actifs d’égout et d’aqueduc sous les rues. Donc, on reconstruit toute la rue avec les égouts et les aqueducs et on travaille aussi beaucoup à la réfection de nos parcs. Alors, à chaque fois qu’il y avait des travaux qui étaient prévus, on voulait tenter d’intégrer de la gestion de l’eau le mieux possible ».
L’objectif est de mieux comprendre les zones de cuvette dans la ville pour vérifier les zones les plus vulnérables. Par la suite, les ouvrages construits dans la base de données de Montréal sont répertoriés en vue de la gestion d’actifs.
Défis et gouvernance
Dans ce projet, le défi principal est de former et de coordonner une multitude d’acteurs à l’échelle des 19 arrondissements. Ces acteurs peuvent être par exemple des planificateurs, des architectes paysagistes, des ingénieurs, des équipes de plans et de devis, des entrepreneurs, des personnes travaillant en services d’entretien, ainsi que des professionnels externes. L’équipe interrogée doit donc consolider et coordonner l’ensemble de ces acteurs, ce qui peut révéler être un défi en soi.
Cependant, afin de renforcer les capacités des acteurs impliqués dans ce projet, des outils ont été mis en place. Environ 200 formations ont été dispensées à l’échelle de la ville ainsi que des webinaires internes et externes sur la planification et la conception, ceux-ci développés par le Conseil régional de l’environnement. Pour ce qui est des outils publiés, des catalogues, des listes de vérification pour la conception et les chantiers ainsi que des vidéos documentant l’entretien ont permis d’accompagner les personnes concernées.
Rayonnement et échanges externes
Le projet de parcs éponges à Montréal attire beaucoup de visites et de partage d’expériences.
En effet, de nombreuses municipalités québécoises ainsi que des pays dont la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande sont intéressés par ce projet : « On participe aussi à des groupes de travail pancanadiens pour être capable de partager nos expériences. On est allé dernièrement à Singapour aussi sur invitation pour présenter nos projets. Il y a un certain rayonnement qui se fait à travers ça», explique madame Dugué.
Les commentaires des citoyennes et citoyens de la Ville de Montréal à l’égard des parcs éponges sont en général très positifs. Il y a une appropriation croissante de ces espaces par la population.
Toutefois, l’enjeu actuel qui plane sur ce projet, un enjeu que l’on pourrait qualifier de défi, est la forte popularité de ce projet : « Nous sommes en fait victimes de notre succès! La charge de travail augmente de façon importante », affirme madame Dugué.
Il en ressort que le succès des parcs éponges et des infrastructures vertes sur rue dans la Ville de Montréal démontre une approche innovante où les communautés d’ici et d’ailleurs peuvent s’en inspirer. Avec cet intérêt grandissant, il sera intéressant de voir où apparaîtront de nouvelles collaborations afin de bâtir un avenir urbain plus durable.


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